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Raoul Warocqué

Le dernier seigneur de Mariemont

Un grand bourgeois

Grand de taille, large d'épaules, très corpulent, Raoul Warocqué en impose par une attitude ferme et autoritaire, que tempère une bonhomie apparente. Son visage rond, glabre à l'exception d'une petite moustache, au menton ferme, au regard pénétrant derrière des lunettes cerclées d'or, ne laisse guère transparaître d'émotions. Malgré une santé déficiente, il aime le plaisir sous toutes ses formes et passe ses nuits à sortir ou à travailler. Bien que les occasions ne lui aient pas manqué, il ne se mariera pas, mais il restera fidèle à sa maîtresse, Berthe Foulon. Anticlérical, il se sent peu d'affinités avec sa famille, profondément catholique, et lui préfère la compagnie de quelques amis, parmi lesquels Adolphe Max, le futur bourgmestre de Bruxelles, Georges Van der Meylen, un de ses conseillers en bibliophilie, Franz Cumont qui joue le même rôle pour sa collection d’antiques, et le fils de Lucien Guinotte, Léon, qui sera son homme de confiance.

 

Avide de pouvoir

Dernier rejeton de sa lignée, il concentre entre ses mains la fortune amassée par les trois générations précédentes. Après avoir rétabli la situation compromise par les excès de son frère aîné, il s'attache à développer les industries régionales, ce qui ne l'empêche pas d'investir dans d'autres entreprises en Belgique et même à l'étranger. Raoul Warocqué est reconnu comme l’un des pivots des relations entre la Belgique et la Chine. On lui confère naturellement les présidences de la Société d’études sino-belge et de la société Les Arts de l’Extrême-Orient. On ne s’étonnera pas non plus du choix de Raoul Warocqué par le gouvernement pour présider la mission spéciale qui doit annoncer à l’empereur de Chine le décès du roi Léopold II et l’avènement d’Albert Ier. Il fait aussi preuve d’un mécénat scolaire original en finançant les études d’étudiants chinois en Belgique. Comme ses devanciers, il ne dédaigne pas non plus la spéculation foncière. Il devient ainsi un des hommes les plus riches du royaume, sinon d'Europe. Incarnation parfaite du grand bourgeois du 19e siècle, il détient les trois pouvoirs, économique, politique et social. Son passage à l'université lui a donné le goût de la politique : il s'y est occupé activement de la Jeune garde libérale, a participé à la création de la Société des étudiants libéraux et s'est lié d'amitié avec Émile Vandervelde le futur président du Parti ouvrier belge. Dès 1896, il entre au conseil provincial du Hainaut. L’année suivante, il finance entièrement la construction de l’Institut d’hygiène et de bactériologie du Hainaut à Mons. Battu aux élections législatives de 1898, il bénéficie du scrutin proportionnel appliqué en 1900 pour être élu député libéral de Thuin. Cantonné dans l'opposition, il se signale surtout par le dépôt de propositions de lois sociales, d'inspiration progressiste et paternaliste. L’ambiguïté de son engagement se manifeste clairement à l’occasion du vote de projets réduisant la durée du temps de travail. Il s’y oppose alors que sa société applique en la matière, et dans d’autres, une réglementation plus favorable au monde ouvrier que celle préconisée par le gouvernement. Cette attitude contradictoire s’explique avant tout par son souci de préserver sa sphère d’autorité personnelle. On peut dès lors comprendre l’ambivalence du souvenir qu’il a laissé dans la mémoire collective. Pour certains, il s’impose comme un patron autoritaire abusant d’une influence que lui confère son immense fortune. Pour ses admirateurs, les plus nombreux, il incarne idéalement l’humanisme laïc grâce à son mécénat et ses actions sociale et politique éclairées.

 

Plateau Warocqué, vue générale.

Philanthrope et fastueux

Esprit généreux, il estime que sa richesse lui crée des devoirs à l'égard de la société qui l'a enrichi. C'est pourquoi il multiplie les œuvres philanthropiques. Convaincu des vertus émancipatrices de la science, il fonde ou contribue à fonder diverses institutions d'enseignement : l'Institut d'anatomie de l'université de Bruxelles, l'Institut commercial des Industriels du Hainaut devenu plus tard Institut Warocqué et aujourd’hui Faculté d’Economie et de Gestion de l’Université de Mons. A Morlanwelz, il finance largement l'Athénée, le Lycée et l’Ecole Normale aujourd’hui gérés par la province de Hainaut. Devenu bourgmestre de Morlanwelz en 1900, après la mort de son frère, il inaugure ses fonctions en payant de ses deniers une nouvelle adduction d'eau. Son attitude au cours de la Première Guerre s’inscrit dans la même philosophie altruiste. Dès l’ouverture des hostilités, il organise un service d’ambulance dans l’orangerie de Mariemont. Jusqu’à sa mort en 1917, il participe largement au ravitaillement des populations démunies et s’efforce de limiter les déportations d’ouvriers vers l’Allemagne. Ceci au prix de négociations avec les autorités occupantes ; ce que certains lui reprocheront.  Sa position sociale lui impose une vie mondaine intense. Les contemporains ont gardé le souvenir des réceptions fastueuses qu'il donnait à Mariemont en l'honneur de délégations chinoises ou russes, d'hommes d'affaires anglais, français ou autres. La plus extraordinaire eut lieu lors de la visite du prince Albert, futur roi Albert Ier, le 28 juin 1903 pour le centenaire des charbonnages : un banquet de plus de 3.000 couverts fut offert sous une tente dressée dans la cour d'honneur du château de Charles de Lorraine.

 

Un châtelain

Les ruines de ce dernier et du «fer-à-cheval» avaient été intégrées au parc en 1893. Car, plus encore que ses prédécesseurs, Raoul Warocqué s'intéresse au passé de l'ancien domaine royal. Il rassemble des documents et des archives, finance des fouilles sur le site de l'abbaye de l'Olive. Il acquiert l'emplacement de la «fontaine archiducale», érigée par la gouvernante générale Marie-Élisabeth, et fait restaurer cette fontaine. Non content d'agrandir le parc, il rachète au charbonnage une partie de la forêt de Mariemont afin de reconstituer, dans la mesure du possible, un cadre historique prestigieux. Il déménage la fontaine Sainte-Thérèse du bois de Mariemont pour l’ériger à proximité des ruines du château de Charles de Lorraine où il installe son musée lapidaire. Le parc de Mariemont devient ainsi un véritable musée à ciel ouvert. On multiplie les plantations et l’acclimation d’animaux et d’oiseaux exotiques.  Le parc s’orne aussi de nombreuses fabriques et d'œuvres des meilleurs sculpteurs du moment, Auguste Rodin, Constantin Meunier, Victor Rousseau, Godefroid Devreese et, surtout, Jef Lambeaux, auxquels s'ajoutent des bronzes monumentaux que Raoul Warocqué fait venir du Japon.

 

Collectionneur

Collectionneur passionné, il réussit, grâce à sa fortune et aux conseils des spécialistes qu'il a la sagesse de consulter, l'exploit de réunir en quelques années, outre une riche bibliothèque, un ensemble remarquable d'antiquités classiques et extrême-orientales, d'arts décoratifs européens - en particulier, des porcelaines de Tournai -, ainsi que le produit des fouilles archéologiques qu'il fait exécuter dans la région. Les sculptures grecques et romaines trouvent d'abord refuge dans un pavillon érigé en bordure des étangs du parc, tandis que la bibliothèque prend place dans l'hôtel que le collectionneur possède à Bruxelles, avenue des Arts. Le reste est réparti entre l'hôtel bruxellois et le château de Mariemont. En 1909-1910, l'architecte Georges Martin ajoute deux ailes à ce dernier : l'une accueillera la bibliothèque, l'autre les antiquités classiques et extrême-orientales.

 

Mécène

Grâce à ces travaux, la totalité des collections est désormais rassemblée à Mariemont. Leur accroissement continu entraîne de nouveaux agrandissements en 1913-1914. La bibliothèque est dotée d'une annexe. Quatre nouvelles salles prolongent l'aile symétrique, dont une «salle de marbre» à décor égyptisant d'inspiration maçonnique. Cette dernière est littéralement construite autour du buste colossal d'une reine d'Égypte, acheté à Alexandrie l'année précédente. Dépourvu d'héritiers directs et poussé par le sens aigu qu'il avait de ses obligations envers la société, Raoul Warocqué décide de léguer ses collections à l'État belge, de même que le château qui les abrite et le parc qui l'entoure, afin qu'ils soient ouverts au public après sa mort. Celle-ci survient en 1917 : la Belgique est alors en guerre et il faut attendre 1920 pour que l'acceptation du legs soit sanctionnée par un arrêté royal. Conformément au vœu du donateur, l'ensemble porte depuis lors le nom de Domaine de Mariemont. Le dimanche 2 mai 1920, une cérémonie présidée par le ministre des Sciences et des Arts consacre la prise de possession par l’État.

 

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