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Juillet 1916

7 juillet 1916

Fonds Aimable Bayet, Correspondance (Kisumu, 7 juillet 1916)

Lettre d’Aimable Bayet adressée à son épouse Denise Bayet-Nicaise

Dans cette missive, Aimable Bayet s’étonne du long silence de son épouse restée au pays avec leur fils et sa famille (voir notice du 9 juin 1916) ; voilà en effet cinq mois qu’il n’a plus eu de ses nouvelles et ce dernier avoue « avoir le cœur gros en pensant à vous tous, mais je me domine car pleurer n’est pas d’un soldat et je me dis que la séparation n’est pas éternelle ». Il songe particulièrement à sa mère qu’il incite à rester courageuse et fière de ses fils partis comme volontaires en Afrique, car ceux-ci « reviendront tous en bonne santé et pouvant marcher la tête haute, ayant payé leur dette à la Patrie ».

Il n’empêche : Aimable a le temps long, installé dans sa tente de Kisumu (Kenya). Basée sur les rives du lac Victoria, cette ville importante – initialement sous protectorat allemand – a été cédée au Royaume-Uni en 1895. Dès 1901, les Britanniques y jettent les bases d’un port de bateaux à vapeur réalisant la traversée du lac, baptisé à l’origine « Port Florence » et, deux ans plus tard, d’un arrêt sur la ligne de chemin de fer entre Mombasa et l’Ouganda. Au cours de la Première Guerre mondiale, les autorités marquent leur accord pour que la localité puisse accueillir une base militaire belge. Celle-ci permettait de ravitailler et d’évacuer au besoin les troupes qui séjournaient au Congo belge. En échange, les officiers belges allaient organiser (au moins d’avril 1916 à mars 1917) des patrouilles sur le lac. Au moment d’écrire cette lettre, la situation semble encore calme, comme en témoignent les deux photographies envoyées parmi d’autres par Bayet : la première donne une petite vue du campement belge (la tente d’Aimable Bayet est signalée par un pointillé à l’encre noire), tandis que la seconde présente Aimable jouant au whist avec ses camarades attablés, alors que son « boy arrive avec le thé » comme l’indique la légende au dos du cliché. Malgré cette nonchalance apparente, des mouvements de troupes sont à prévoir. N’écrit-il pas, en prélude de son courrier, sans trop en dire pour autant, qu’il risque d’écrire à sa femme « directement en prévision de l’évacuation de notre pays que l’envahisseur aura quitté l’épée dans les reins » ? L’avenir allait prochainement lui donner raison à Tabora…

23 juillet 1916

Archives Warocqué, Lettres Cumont (Paris ?, 23 juillet 1916)

Lettre de Franz Cumont adressée à Raoul Warocqué

Amis de longue date, Franz Cumont et Raoul Warocqué continuent, malgré le conflit et la distance, de conserver un contact épistolaire irrégulier (voir notice du 8 septembre 1914). La double page de cette missive est véritablement noircie par l’encre et contient une série de nouvelles « en vrac » qui témoigne bien du nombre de sujets communs qui lient les deux hommes. Franz Cumont y transmet diverses informations reçues de connaissances (le fils d’un échevin de Chapelle-lez-Herlaimont, Olivier Hubinont, secrétaire communal de Morlanwelz…) ou quelques nouvelles de membres de sa famille, comme ses frères Charles (Carlos), Eugène et Adolphe. Il indique à son ami qu’il conserve à sa disposition divers billets (bons de caisse) : « je te les garderai jusqu’à la fin de la guerre pour ta collection ». De même, il espère que Raoul Warocqué, récemment rentré d’une cure thermale à Vichy (voir notice du 12 avril 1916), se trouve désormais « dans un état de santé déjà très amélioré ».

Cumont se tient aussi particulièrement informé de la situation internationale et de la politique française qu’il a l’occasion de suivre de plus près puisqu’il séjourne la plupart du temps à Paris pendant le conflit. D’une part, selon « les milieux compétents », la fin de la guerre est proche, car l’on est alors  confiant qu’une paix ou un armistice sera trouvé d’ici la fin de l’année. De l’autre, Cumont se fait l’écho des fortes dissensions parmi les autorités françaises avec la motion de méfiance à l’égard du gouvernement Briand survenu en juillet 1916. En effet, Georges Clemenceau, président de la Commission de l’Armée, assurant le contrôle du Parlement sur les décisions du gouvernement, avait attaqué frontalement Aristide Briand, président du Conseil des ministres et détenteur du portefeuille des Affaires étrangères, lors d’un vote. Mais la proposition de vote n’avait pas eu les effets escompté, « le Tigre [Clemenceau] s’étant trouvé seul avec six lionceaux [sénateurs] ». 

Le dernier point évoqué porte sur une lettre adressée à Raoul Warocqué que Cumont avait retranscrite dans son précédent courrier en date du 12 juillet, également conservé à Mariemont. Celui-ci émanait d’ « Alb. de La Panne », en réalité le roi Albert Ier qui avait établi son quartier-général à La Panne, sur la côte belge. Dans un extrait, le souverain indiquait à son correspondant qu’il comptait sur lui pour contribuer, une fois l’heure de l’Occupation terminée, à « l’œuvre de relèvement de la prospérité nationale ». Il ajoute d’ailleurs que les industriels belges « peuvent être assurés de me trouver toujours prêt à me dévouer à ce qui contribuera à la reconstitution et à l’unification de notre chère patrie ». Sans doute très flatté par cette marque d’estime royale, le « seigneur » de Mariemont n’aura cependant pas le bonheur de réaliser ce souhait.

Transcription :

Mon cher Raoul,

Je t’ai écrit il y a quelques jours et t’ai envoyé la copie d’une lettre d’Alb. de La Panne arrivée pour toi. J’espère que cette missive te sera bien parvenue et qu’elle t’aura trouvé dans un état de santé déjà très amélioré.

Depuis, il est arrivé encore quelques lettres pour toi. J’ai fait savoir à leurs auteurs que tu étais parti. Aucune n’a d’importance : remerciements de P. Martin pour 500 frs touchés chez son banquier. Le Dr Hubinont voudrait que tu informes sa mère qu’outre la Croix de guerre il a obtenu une citation à l’ordre du jour de son régiment. Raymond Levie, observateur d’artillerie, demande que tu fasses dire à son père Michel Levie qu’il est en bonne santé. Oscar Lemmens, fils de Jean-Baptiste L., échevin de Chapelle-lez-Herlaimont, a été sérieusement blessé mais est maintenant remis. Il a été décoré et a la Croix de guerre. Il voudrait que tu communiques ces nouvelles chez lui, mais il ne sait pas si son père vit encore.

J’ai reçu de mon frère les billets de 0,50, 1 fr et 2 fr émis à Rouen et au Havre et je te les garderai jusqu’à la fin de la guerre pour ta collection.

Quand cette fin se produira-t-elle ? Il règne à cet égard actuellement un grand optimisme dans les milieux compétents. Tous les avis que j’ai pu recueillir s’accordent à considérer comme certain que nous aurons avant la fin de cette année soit la paix soit un armistice. En attendant ce moment béni, le canon tonne avec une fureur croissante de la mer du Nord aux Vosges, de la Baltique aux Carpathes [sic] et de l’Adriatique aux Alpes – sans compter l’Asie et l’Afrique, où les nôtres continuent le cours de leurs exploits. Attendons-nous à voir bientôt l’incendie s’allumer aussi dans les Balkans. L’Orient est le pays merveilleux des surprises et la Vierge y fera peut-être un miracle le jour de sa fête latine ou grecque.

Le Comité secret du Sénat a été pour Briand l’occasion d’un nouveau triomphe. Au vote, le Tigre s’est trouvé seul avec six lionceaux. La position du « Premier » semble maintenant inébranlable et c’est lui qui signera la paix certainement.

Des amis dont je t’ai parlé dans ma dernière lettre, c’est Ivan qui actuellement nous surprend le plus. On le disait atteint d’une anémie incurable mais durant cet hiver il a repris peu à peu des forces et sa vigueur est aujourd’hui merveilleuse. Il fait des kilomètres sans se lasser et son activité est dévorante. Les associés se louent maintenant beaucoup du travail qu’il est capable d’accomplir. De leur côté, Marianne et Charley se déclarent satisfaits du résultat de leurs affaires.

Voudrais-tu faire dire à Carlos que nous allons bien ici, et que j’ai reçu très récemment de bonnes nouvelles d’Eugène et d’Adolphe. Tu me ferais plaisir en lui demandant aussi s’il a reçu de moi une lettre où je lui disais notamment de tenir note du prêt de 2000 frs que tu as bien voulu me faire.

J’espère bien pouvoir te les rendre à Bruxelles avant le 1er janvier et je souhaite que la joie que te causera la fin de cette effroyable lutte et d’une situation si pénible pour vous achève d’assurer ta guérison. Garde un bon moral dans ces épreuves, c’est le meilleur moyen de soutenir le physique. Comme je te l’ai dit, les gens les mieux placés pour en juger croient ici à une solution du conflit pour cet hiver et bien qu’ils ne disent pas sur quoi se fondent leurs pronostics, j’ai confiance dans leur jugement.

Bien affectueusement à toi,

Amitiés aux Guinotte.

Franz Cumont

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