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Mars 1915

30 mars 1915

Ac.2011/77

 

Aquarelle peinte par un Allemand durant la Première Guerre mondiale

Le décor choisi par le peintre allemand Karl Düsebiek (?) pour sa peinture n'est autre que l'actuelle place Albert Ier à Charleroi. Aménagée vers 1670, alors que les troupes françaises de Louis XIV occupaient la ville, celle que l'on désignait il y a un siècle comme la Place Verte, puis la Place de la Ville-Basse ou encore la Place du Sud, est bordée à l'est par l'ancien Hôtel des Postes; bâtiment d'angle installé en 1907 et classé depuis 1992, bien reconnaissable à la tourelle et au clocher à toiture en bulbe qui le caractérisent.

Le rendu architectural d'ensemble reproduit assez fidèlement la réalité, si on le compare avec les photographies de l'époque. L'aquarelle apporte, de surcroît, un intérêt historique particulier au regard des modifications urbanistiques actuellement en cours, et dont la plus emblématique est la disparition des Colonnades

Intitulé par l'artiste Markplaz, le lieu est en effet propice au commerce et aux rassemblements populaires, comme en témoignent les enseignes qui s'y alignent. Le fait que l'occupant rende compte avec une relative précision d'un site ou d'un lieu-dit n'est pas anodin; plusieurs exemples - notamment photographiques - mettant en scène les paysages belges tels que les Allemands les percevaient ont été recensés: outre l'approche esthétique proprement dite, elles rendent compte d'une démarche d'appropriation collective du territoire occupé.


25 mars 1915

FLL0119, Le Progrès Libéral, n° 1, 25 mars 1915.

 

La Une du premier numéro du Progrès Libéral

Créé à Bruxelles le 25 mars 1915, le quotidien est lancé par Maurice Saey et Albert Vos. D'emblée, la rédaction annonce le tirage de deux éditions quotidiennes et précise dans son programme la nécessité de se faire l'écho de l'opinion libérale en temps de guerre afin d'offrir "un contrepoids" face "aux journaux cléricaux qui ont repris leur campagne sourde mais inlassable pour les idées confessionnelles". Rebaptisé Le Progrès dès le 1er août de la même année, le titre se voit censuré par l'occupant en avril 1916. Les articles volontairement anonymes traitent évidemment de sujets d'actualité économique généraux, accompagnés de nouvelles littéraires, de contes et chroniques diverses, d'annonces théâtrales ou sportives. Enfin, en bonne place, les communiqués officiels issus des états-majors belligérants opposés sont rassemblés dans leur intégralité, considérés pour leur caractère informatif et dénués de tout commentaire.

À titre anecdotique, le présent numéro propose sous la rubrique "Faits-divers", un petit Conte de Pâques. Sous couvert du caractère anodin d'un récit emprunt de nostalgie et d'espoir, le message est en réalité purement publicitaires puisqu'il vise à promouvoir les marchandises de la firme Adolphe Delhaize, sise rue Neuve à Bruxelles.


16 mars 1915

Archives Warocqué, n° 9/8, Lettres "D".

 

Lettre adressée à Raoul Warocqué à propos de la fin prochaine de la guerre

Cette lettre, dont la signature n'a pas permis d'en identifier l'auteur, est adressée à "Monsieur Warocqué". Son contenu est représentatif de l'état d'esprit général qui régnait alors en Belgique. Isolée, confrontée à la censure allemande, la population était privée de nouvelles fiables tant à propos du front que de la situation générale; elle était à l'écoute de la moindre nouvelle, avide de toute information alimentant l'espoir que le conflit ne s'éterniserait pas.

Le document relate ainsi une série de rumeurs justifiant l'espérance en un "tournant de l'histoire" proche. Des informations de "divers côtés" annoncent une offensive générale des alliés attendue pour fin mars, soit dans les quinze jours, mais - comme nous le savons depuis - la guerre de position dans les tranchées commençait et devait s'enliser pour longtemps. Il y est également question d'échos émanant d'une source indirecte, la femme d'un officier ennemi basé en zone occupée, à Charleroi. Celle-ci aurait évoqué une fin du conflit à "la fin de mai"; il est vrai que l'Allemagne subissait les effets du blocus, étant également confrontée à de graves pénuries, selon l'aveu même de cette Allemande. Elle aurait aussi signalé l'état de santé préoccupant de l'empereur: proche de la mort, il serait atteint d'un cancer de la gorge comme son père Frédéric III. En réalité, il n'en était rien et Guillaume II ne décède qu'en 1941, à l'âge de 82 ans! Enfin, dernier indice du côté allemand, il est question d'un "repli" du général Moritz von Bissing, gouverneur militaire de la Belgique jusqu'à sa mort en 1917... dans le château des Trois-Fontaines qu'il occupait à Bruxelles (Vilvorde).

Le questionnement apporté par Raoul Warocqué au précédent courrier de son interlocuteur, évoqué au début de la lettre, ne traduisait-il pas un certain scepticisme? Son important réseau de relations, dans les milieux politiques notamment, lui transmettait des renseignements qui lui permettaient d'avoir du recul par rapport aux rumeurs, parfois les plus folles, circulant en ces temps troublés.

Transcription du document:

Monsieur Warocqué,

Dans ma lettre du 13 mars, j'écrivais - in fine - : s'il est vrai que la situation générale approche d'un tournant de l'histoire? - Et vous avez mis en marge : lequel? 

Voici: de divers côtés il m'est revenu qu'on s'attend pour fin mars à une offensive générale et vigoureuse des alliés. D'autre part, Mr Vorselen a eu l'occasion de s'entretenir avec la femme d'un officier allemand actuellement à Charleroi. Celle-ci lui a dit que le sentiment général en Allemagne - et dans l'armée - était que la guerre ne pouvait plus durer longtemps - et que ce serait fini pour le fin de mai. - Pressée de dire le pourquoi, - elle n'a pas voulu répondre directement - mais elle a avoué que la rareté et la cherté des vivres étaient extrêmes. Elle a ajouté que l'empereur est très malade; qu'il est atteint de l'affection familiale - à la gorge (cancer, se rappeler Frédéric le Noble)-; qu'il a même fait revenir son fils du front à Berlin. - Et qu'il pourrait bien n'en avoir plus pour beaucoup de temps. - Tous ces détails rapprochés du fait - que l'on m'a affirmé authentique - du transport des archives de Von Bissing - de Bruxelles à Liège, me paraissent des indices sérieux d'un changement prochain.

Bien à vous.

D. [...]

16/3/15

 


Mars 1915

Archives Warocqué, n° 40/2, Guerre 1914-1918.

 

Le château de Mariemont

Les photographies du domaine de Mariemont pendant la Première Guerre mondiale, conservées dans les collections de la bibliothèque, sont peu nombreuses. Parmi elles, figurent un cliché montrant la façade ouest du château Warocqué orné du drapeau des États-Unis d'Amérique. À l'avant plan, se trouve un convoi de trois chariots, tirés chacun par deux chevaux, et portant la raison commerciale Le Bon Grain. Fondée par Valère Mabille (1840-1909) en tant que société philanthropique, elle avait pour objectifs de procurer des marchandises alimentaires à ses clients; de leur verser une pension et de tenir une caisse de secours accordant à ses adhérents un secours financier en cas d'accident ou de maladie. La présence à Mariemont des chariots du Bon Grain s'explique aisément car, comme l'explique la notice du 14 janvier 1915, le château était devenu le cœur névralgique des opérations de la Commission for Relief in Belgium pour la province de Hainaut. 


2 mars 1915

FLL 0097, La Libre Belgique, n° 5.

 

La Une du journal La Libre Belgique

Née de l'initiative engagée de Victor Jourdain (1841-1918) et avec l'appui de son gendre Eugène Van Doren (1875-1956) qui en a organisé valeureusement la parution et la distribution, La Libre Belgique se présente comme un "bulletin de propagande patriotique - régulièrement irrégulier" et trouve rapidement écho dans le paysage des journaux clandestins de la période de guerre. Il s'agissait, pour ses fondateurs, de saborder la propagande distillée dans les feuilles d'information contrôlées par l'occupant et de contourner la disparition du quotidien Le Patriote, dont le dernier numéro est paru le 21 août 1914.

Au total, ce sont 171 numéros du journal qui ont été édités du 1er février 1915 au 12 novembre 1918. Le tirage du premier d'entre eux avoisinait les mille exemplaires. Empaquetés et distribués dans la plus grande discrétion par un réseau logistique élaboré, il est distribué tant en Belgique qu'à l'étranger. Nombreux sont ceux, parmi les acteurs de sa mise en œuvre, qui ont été inquiétés et arrêtés par les autorités. Eugène Van Doren réussit, quant à lui, à leur échapper, malgré la découverte inopinée de l'imprimerie clandestine qu'il avait fait installer à Molenbeek, en région bruxelloise.

Dans l'exemplaire présenté ici, est publié un article traitant de la Kultur allemande et des prétendues vertus qui ont été associées à ce terme. Il dénonce les vexations et les exactions commises par ses exécutants, retranchés derrière l'argument d'une supériorité décrétée. Sous couvert de l'humour et de l'ironie, cet extrait est révélateur du ressenti de la population opprimée, mais aussi du ton et du point de vue adoptés par le quotidien libre.


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