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Mars 1918

9 mars 1918

Fonds Léon Losseau, 0097

Une du journal L’événement illustré relatif à la question de l’Ukraine

L’Événement illustré, 4e année, n° 159, samedi 9 mars 1918

L’hebdomadaire L’Événement illustré est un périodique bruxellois à gros tirage depuis son lancement en février 1915 (voir notices des 14 mai 1915 et 14 avril 1917). Comme l’indique son titre, l’illustration y occupe une place prépondérante ; l’écrit y est parfois généraliste, voire volontairement flou, afin de ménager à la fois l’occupant allemand et la population belge occupée. On retrouve ainsi un point de vue assez analogue dans d’autres organes de presse, comme par exemple 1914 illustré, déjà évoqué dans cette chronique.

Les nombreux bouleversements consécutifs à la Première Guerre mondiale et la géopolitique internationale trouvent un écho important dans ce type de journaux. À la une de L’Événement illustré du 9 mars 1918, c’est la question de l’Ukraine (Oukraine) qui est évoquée. Faisant suite à la Révolution russe de février 1917, les territoires ukrainiens attendent une reconnaissance propre qui ne leur est pas octroyée. Aussi, la Rada, assemblée constituée à Kiev sous forme de comité représentatif, s’arroge une forme d’autonomie par rapport à la Russie. Dans les mois qui suivent et à la faveur des événements de la Révolution d’Octobre, une nouvelle étape est franchie lorsque l’indépendance par rapport à la Russie est proclamée, attestant de facto d’une séparation entre les deux entités. Avec la signature d’un armistice entre les empires centraux et la jeune République soviétique de Russie (15 décembre 1917), les Bolcheviks peuvent désormais se recentrer sur le cas ukrainien ; une invasion des troupes soviétiques intervient au début de 1918 et, le 9 février, Kiev tombe entre leurs mains. À l’est, une République socialiste soviétique d’Ukraine (capitale Karkhov) voit le jour. De son côté, la Rada a tentée de trouver du secours auprès des Empires centraux, obtenant une aide militaire allemande. Cependant, la signature du traité de Brest-Litovsk (3 mars 1918) donne l’occasion à la Russie soviétique de se libérer complètement du conflit. À la faveur d’un coup d’État, la Rada sera finalement renversée, avant le rattachement en 1920 de l’ensemble du territoire ukrainien dans le futur bloc soviétique.

12 mars 1918

Fonds Léon Losseau, 1105

Affiche annonçant un couvre-feu et l’interdiction de tout rassemblement en région montoise

Cette affiche, imprimée en allemand et en français, est émise par la Kommandantur de l’Étape mobile de Mons et témoigne de la répression croissante que connaît la population occupée dans les derniers mois de la guerre. En raison de la mainmise de plus en plus étouffante sur la production et l’utilisation des produits charbonniers par l’armée allemande (voir notice du 5 décembre 1917) comme en raison des déportations forcées de jeunes gens vers le Reich (voir notice du 16 mai 1917), les actions de résistance plus ou moins directes augmentent en région montoise. Des grèves de mineurs borains rejoignent cet élan spontané, ainsi dans certaines localités telles que « Cuesmes, Flénu, Frameries, Jemappes, Noirchain, Ciply et Ghlin ».

Mécontent, le commandant de l’Étape de Mons, le comte von Bernstorff, entend frapper fort : le 12 mars, il impose à l’ensemble de ces communes un couvre-feu entre 16h et 5h du matin, hormis pour certaines professions (médecins, accoucheuses, pompiers et agents de police) et « toutes les personnes occupées dans l’intérêt de l’armée et dans l’intérêt général du pays », à condition d’être en possession d’un indispensable laissez-passer. Cette mesure implique aussi la fermeture, aux mêmes heures, de tout commerce. En outre, la cessation d’activité immédiate et jusqu’à nouvel ordre est ordonnée pour les cafés et restaurants. Enfin, les autorités militaires allemandes interdisent tout rassemblement « de plus de 3 personnes dans les rues » ! Non seulement, toute vie urbaine s’en trouve paralysée dans ces communes du Borinage, mais c’est le chef-lieu lui-même qui est visé. Mons doit en effet subir les mêmes mesures de rétorsion comme l’indique la mention en gras : « Ces mesures concernent de même la ville de Mons, ses habitants ayant, comme il est prouvé, excité la grève ». Par cet avis public placardé à travers la région, la Kommandantur fait preuve d’une extrême fermeté, car la répression sera drastique : « Toute infraction au présent arrêté sera punie de prison, d’arrêt ou d’amende allant jusqu’à 3000 Mark, pour autant qu’une peine plus élevée ne soit applicable ». Ce faisant, l’action répressive de l’occupant ne pouvait que cabrer encore plus une population poussée dans ses derniers retranchements.

16 mars 1918

Tiré de L’Illustration, 76e année, n° 3915, 16 mars 1918, p. 264.

Deux photographies « Destruction et capture de grands avions allemands de bombardement »

Ces deux illustrations diffusées par la presse française tendent à présenter aux lecteurs les « prises de guerre » d’appareils ennemis afin de prouver l’efficacité militaire alliée. Objets de curiosité, l’exposition de ces avions dans l’espace public doit renforcer le patriotisme et le moral de la population. Ces « trophées » semblent cependant assez dérisoires par rapport au nombre d’avions engagés, mais toute prise donne lieu à des réjouissances… qu’il convient de relativiser. Sur cette page de la revue L’Illustration, ces actions militaires donnent l’impression d’être couronnées de succès ; il s’agit cependant de deux événements bien distincts qui ont eu lieu dans les premiers mois de 1918.

En dessous, on distingue un attroupement important autour d’un avion allemand de type « Gotha ». Au soir du 25 janvier 1918, une attaque aérienne allemande est lancée contre Calais ; ses importantes infrastructures portuaires proches des côtes anglaises et la présence du champ d’aviation allié de Saint-Pol-sur-Mer en font une cible de choix. Cette offensive cause de nombreux dégâts sur une cinquantaine d’habitations et l’on déplore quelques victimes. La DCA (Défense contre l’Aviation) parvient notamment à atteindre cet avion qui s’écrase, à près de 60km de là, sur la plage de Zuydcoote, avant de pouvoir atteindre les lignes de front en Flandre. Les trois officiers qui composent l’équipage sont capturés et l’engin est exposé un jour à Dunkerque, sur la place Jean Bart, avant d’être présenté – ce qui est illustré ici – sur l’esplanade faisant face au parc Richelieu de Calais, juste à côté du célèbre monument des Bourgeois de Calais d’Auguste Rodin.

Quant à la carcasse du « Gotha » que viennent découvrir des officiers français et divers badauds, il s’agit d’un des quatre appareils abattus dans la nuit du 11 au 12 mars suivant en région d’Île-de-France. Ce raid aérien allemand lancé sur la capitale est autrement plus meurtrier, non pas tant à cause des bombes larguées, mais en raison des mouvements de panique qui en résultent, surtout à la station de métro Bolivar (XIXe Arrondissement). Ce ne sont pas moins de 103 morts et 101 blessés qui sont à déplorer ! L’un des appareils s’écrase à Essômes-sur-Marne, tuant les trois membres d’équipage ; c’est cet épisode qui est présenté dans la photo supérieure. Dans les mois qui suivront, une véritable hantise terrorise les Parisiens qui, tout à coup, découvrent qu’ils deviennent des cibles directes de l’ennemi. Un effet renforcé rapidement par les attaques des énormes canons longue portée allemands postés à plusieurs dizaines de kilomètres, les redoutés Pariser Kanonen, et auxquels on a souvent – erronément – associé les fameuses « Grosses Bertha ».

26 mars 1918

Fonds Gustave Groleau

Photographie présentant le roi Albert Ier et le docteur Antoine Depage discutant devant l’Hôpital de L’Océan

C’est malheureusement souvent à la faveur de périodes de guerre que la médecine a pu réaliser des progrès notables, certaines blessures ou épidémies donnant lieu à des soins « expérimentaux ». Des médecins comme Antoine Depage ou Octave Laurent se portent volontaires au début des années 1910, notamment lors des guerres balkaniques de 1912-1913. Dès lors, cette première « confrontation » de la réalité militaire leur permet d’acquérir déjà une certaine pratique, notamment pour le traitement de blessures dues aux armes à feu ou aux éclats d’obus. Si la Croix-Rouge est omniprésente sur le champ de bataille, il devient vite évident, dès le début de la Première Guerre mondiale, qu’elle ne peut prendre en charge la multitude des blessés sous sa charge. Les établissements médicaux existant sont rapidement surpeuplés, ce qui entraîne l’ouverture – souvent improvisée – de nouvelles installations : hôpitaux de fortune, lazarets, sanatoriums, voire transformation de bateaux en « hôpitaux flottants ».

En août 1914, le docteur Depage, en collaboration étroite avec la reine Élisabeth, transforme le Palais royal de Bruxelles en hôpital (voir notice du 9 octobre 1916). L’efficacité du praticien éprouvée, le roi Albert le sollicite rapidement pour instaurer et diriger un nouvel établissement de soins à La Panne, non loin de l’Yser qui devient le théâtre d’âpres combats. L’hôtel Océan, d’une capacité de 150 lits et situé non loin de la résidence royale, est transformé en « ambulance », c’est-à-dire en établissement de santé temporaire. En l’espace d’environ dix jours, Antoine et son épouse Marie Depage parviennent y adapter les lieux et à rassembler le matériel nécessaire, grâce notamment à l’aide du major britannique Charles Gordon (voir notice du mois d’octobre 1915).

C’est précisément à l’Hôpital de L’Océan que séjournera, à deux reprises, le sergent de la 6e Division armée des grenadiers belges Gustave Groleau (voir notice du 29 janvier 1917), d’abord durant l’été 1917 où il est opéré par le docteur Depage, puis en mars 1918 à la suite de sérieuses blessures aux mains et à la tête après l’explosion d’une grenade défectueuse. Lors d’une de ses sorties, il est parvenu à immortaliser le souverain belge – reconnaissable à sa haute silhouette – et le célèbre chirurgien causant sur la digue faisant face à l’hôpital.

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