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Décembre 1917

5 décembre

Fonds Léon Losseau, 2734

Copie de la protestation adressée par les Charbonnages de Belgique au gouverneur-général Ludwig von Falkenhausen

Dans une lettre commune adressée le 5 décembre 1917, les Charbonnages de Belgique émettent une longue protestation à l’adresse du gouverneur-général Ludwig von Falkenhausen (1844-1936). Celui-ci venait de faire publier une mesure supplémentaire sur le contrôle de la production charbonnière sous la houlette de la Kohlenzentrale, le Bureau central des charbons. Créé par arrêté du précédent gouverneur, Moritz von Bissing, la Kohlenzentrale contrôle toutes les sociétés houillères belges et leur production, fournit tous les moyens pour poursuivre l’extraction pendant toute la durée du conflit et supervise la destination et l’utilisation de tout produit charbonnier. En réalité, la majorité de la production est absorbée pour l’effort de guerre allemand, ce qui provoque une pénurie de plus en plus sensible durant le rigoureux hiver 1917-1918.

La protestation émise par les représentants des Charbonnages belges dénonce cette prise de monopole : « Les administrations des charbonnages se voient dépouillées de tout pouvoir dans la disposition de leurs produits. […] Elles finiront par être ainsi transformées en instrument passif et néanmoins responsable dans les mains du pouvoir occupant ». Ce faisant, « l’administration allemande devient la seule dispensatrice du charbon ». Non seulement les charbonnages ne pouvaient plus vendre (depuis le 1er septembre 1917) les charbons destinés à l’usage domestique, mais, désormais, il leur était également interdit de s’occuper de la production destinée aux industries. Les signataires demandent dès lors qu’une certaine autonomie leur soit restituée, « en rendant aux charbonnages la libre disposition de leurs produits sous le contrôle ancien, en assumant efficacement le transport et en laissant aux gérances, sous leur entière responsabilité, la pleine gestion de leur exploitation ».

Un autre danger, plus insidieux, est également pointé du doigt : la création de bureaux distincts en Flandre et en Wallonie, cette dernière région bénéficiant de prix de vente moins élevés. Le risque était de voir naître des divisions parmi la population : « Persuadés que l’autorité allemande n’est guidée dans cette question par aucun esprit de lucre, elle [la population belge] se demande si ces bénéfices ne sont pas recueillis par les organismes séparatistes et ne servent pas à alimenter leur activité ». Cette réflexion n’est pas dénuée de fondements à une époque où l’occupant allemand accentue sa Flamenpolitik destinée à accorder une autonomie réelle à la Flandre (voir notice du 14 août 1917). En effet, à peine deux semaines après avoir adressé cette lettre commune, les autorités allemandes, de concert avec le Raad van Vlaanderen, proclament l’indépendance de la Flandre (22 décembre 1917).

 

10 décembre

MRM, Ac.2009/13

Médaille à  l’effigie de la Croix-Rouge de Belgique

Cette petite médaille, montée sous forme de breloque, porte la légende « La Croix Rouge de Belgique Reconnaissante » entourant une croix en vermeil sur l’une de ses faces, tandis que l’autre comporte les armes et la devise de la Belgique. Dès le début des hostilités à l’été 1914, le docteur Antoine Depage et la reine Élisabeth avaient œuvré au secours des premiers blessés au Palais royal de Bruxelles, puis à l’Ambulance de l’Océan à La Panne (voir notice du 9 octobre 1916), sous les couleurs de la Croix-Rouge de Belgique au point d’en devenir les incarnations vivantes dans l’opinion populaire.

Le Comité belge de la Croix-Rouge est une émanation directe du Comité international qui voit le jour à Genève sous l’impulsion d’Henri Dunant en 1863 ; dès l’année suivante, la section belge voit le jour et est rapidement reconnue par les pouvoirs publics. Son action humanitaire, sans distinction de race, de sexe et de nationalité se diffuse lentement mais devient véritablement reconnue internationalement pendant la Grande Guerre : son drapeau, inversion des couleurs de la Suisse, est omniprésent sur le champ de bataille comme à l’arrière du front. Si son but premier est de porter secours envers les soldats blessés et de leur prodiguer des soins médicaux, l’action de la Croix-Rouge est cependant beaucoup plus large, par exemple, avec la constitution et l’acheminement de colis alimentaires au profit de prisonniers de guerre. Lors de ce même conflit, la création en son sein de l’Agence internationale des prisonniers de guerre représente une action majeure. Son but est de répertorier les détenus – quelle que soit leur nationalité –, de les localiser et de les mettre en rapport avec leur famille. Ce faisant, l’Agence constitue un fichier riche de près de 5 millions de fiches individuelles, toujours conservées dans les archives de l’institution.

C’est cette dernière œuvre qui a principalement retenu le choix des membres du Prix Nobel pour attribuer, pour la seule fois pendant la durée de la guerre, le Nobel de la Paix au Comité international de la Croix-Rouge (10 décembre 1917). On notera que le CICR est l’institution la plus titrée en la matière : en 1901, le tout premier Nobel est attribué à Henri Dunant pour saluer son dévouement à la création de cet organisme ; en 1917 et en 1944, le CICR est consacré pour son rôle pendant les deux guerres mondiales ; en 1963, il reçoit à nouveau le Nobel pour consacrer le centenaire de son existence.

22 décembre

Charles Plisnier, Chanson de l’athée
MRM, Fpli 188

Enfant du Borinage, Charles Plisnier (1896-1952) est l’un des écrivains belges les plus marquants de la première moitié du XXe siècle. En 1937, il sera tout à la fois membre de l’Académie royale de Langue et de Littérature françaises de Belgique et lauréat du Prix Goncourt pour ses romans Mariages et Faux Passeports. Cela fait cependant plus de vingt ans que Plisnier écrit et publie ses textes, peu de temps avant le début de la Grande Guerre. À cette époque, il sort de l’adolescence et vient d’achever ses humanités à l’Athénée de Mons. Il ne peut poursuivre les études supérieures qu’il envisageait pour l’instant, et il se consacre pleinement à la rédaction de poèmes et de pièces de théâtre. Le jeune homme est curieux et s’adonne aussi à la lecture d’ouvrages littéraires, philosophiques et scientifiques. Issu de la petite bourgeoisie, fils d’un père militant socialiste et d’une mère d’obédience catholique, Charles Plisnier est, comme il le dira plus tard, le fruit d’un curieux mélange.

En 1917, Charles a 22 ans. Il est passionné, cherche sa voie, tente de s’affirmer, de s’identifier alors qu’autour de lui l’Occupation se durcit. Au printemps, il tente d’atteindre les Pays-Bas pour rejoindre l’armée belge. Il est refoulé. Résigné dans l’action, il épouse, à la fin du mois de juin, Yvonne Save avec qui il s’établit à Bruxelles. Charles est à l’affut des nouvelles internationales, surtout de la situation de la Russie et des soulèvements populaires qui ont eu raison du vieil Empire des Romanov. Lorsqu’il apprend, le 8 novembre, le succès de la Révolution d’Octobre, il a l’intime conviction que le communisme est la voie qui sauvera l’homme. Il ne tardera pas à adhérer à l’Internationale puis, en 1921, à devenir membre du Parti communiste.

C’est dans les tourments de l’année 1917, qui constitue un véritable tournant pour son existence, que Charles Plisnier rédige, notamment, ce petit poème intitulé Chanson de l’athée. Chaque strophe vibre entre deux sentiments entremêlés et pourtant contradictoires suite au renoncement de croire en Dieu. Par la répétition de mots martelés, le rythme soutenu par les nombreux points d’exclamation, l’auteur se réjouit autant qu’il se lamente de la disparition de la figure divine. Trop contenu, trop contraint, il n’a pu faire qu’un choix : celui de « Vivre ! ».

 

Transcription :

 

Chanson de l’athée

 

Mon Dieu est mort ! Mon Dieu est mort !

Hélas ! Hélas ! Joie et torture !

Heur et malheur ! Vœux et remords !

Mon Dieu est mort ! Mon Dieu est mort !

Dans la gloire de la nature !

 

Hélas ! Hélas ! Mon pauvre Dieu !

Mon pauvre cœur ! Mes pauvres cieux !

Tout est vide et plus rien ne vibre !

Mon pauvre cœur ! Mes pauvres cieux !

Je suis trop seul ! Je suis trop libre !

 

Plus de berger ! Plus de berger !

Son cadavre à la douce face

Lui-même s’est désagrégé !

Plus de berger ! Plus de berger !

Rien qu’un grand rêve qui s’efface !

 

Hélas ! Hélas ! Que voulez-vous ?

Ils étaient trop profonds les livres !

Et j’avais usé mes genoux !

Hélas ! Hélas ! Que voulez-vous ?

Vivre ! J’ai soif et faim de vivre !

 

Hélas ! Un soir de Juin qu’une cloche sonne.

1917.

Charles Plisnier

 

 

 

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