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Mai 1917

3 mai 1917

Copie d’une lettre d’Aimable Bayet adressée à son épouse Denise Bayet-Nicaise

Opérateur TSF en poste au Congo belge, Aimable Bayet (voir notice du 27 décembre 1916) émet et transmet de nombreux messages précieux en temps de guerre. Malgré la distance, il perçoit notamment des informations relatives à la situation en Europe et à l’évolution des opérations militaires qui s’y déroulent. Par ailleurs, certaines nouvelles – relayées par une presse écrite qui est alors beaucoup plus rare en Afrique – touchent au quotidien des citoyens restés en zone occupée. C’est ainsi qu’il apprend diverses rumeurs sur la volonté d’émancipation des femmes. S’il trouve « louable » le remplacement des hommes par les femmes dans tous types de travaux, il considère qu’une fois le conflit achevé la femme doit redevenir le « collaborateur » de l’homme, et non le remplacer. Il ne souhaite pas que celle-ci soit au même rang que lui, « esclave de la lutte pour la vie », afin qu’elle conserve son innocence et sa beauté. Inquiet de cette situation, il s’en ouvre à son épouse et lui conseille de garder le rôle qui lui est dévolu, reflétant le sentiment – généralisé à l’époque – que la société doit demeurer purement patriarcale

Transcription (partielle) :

« Un peu partout, on entend la rumeur de la soit-disant (sic) émancipation de la femme. On entend de droite et de gauche de ses (sic) amazones qui voudraient partir en guerre au même titre que les hommes. Des femmes partout remplacent l’homme dans les travaux, « ce qui est très louable » dans ces crises, mais, hélas, comprendra-t-elle qu’après la guerre est (sic pour elle) doit abdiquer dans cette voie, qu’avant tout elle doit être une femme ? Son rôle sur la terre n’est pas de remplacer l’homme, mais d’être son collaborateur, qu’elle doit rester femme et se consacrer uniquement à ses devoirs d’épouse et de mère. Si au lieu de cela elle prétend lutter contre l’homme dans la vie publique, politique, etc., peut-elle encore alors considérer l’homme comme un soutien et un protecteur ? Non, mille fois non. Reste toujours la femme au cœur sensible, délicate comme une fleur. Consacre-toi à créer, élever et former des hommes. Soit (sic) fière et heureuse de cette mission quasi-divine. Soit (sic) reine, mais ne descend pas au rôle de l’homme qui est toujours un esclave de la lutte pour la vie. Ne viens pas te salir au contact des viles besognes qui sont le lot du sexe mâle. Conserve ton innocence et ta candeur. Elles sont ta beauté et ton pouvoir ».

Dans sa Constitution adoptée en 1831, la Belgique a fixé les modalités d’un vote censitaire plural, uniquement réservé aux hommes âgés d’au moins 21 ans. Les mouvements féministes qui voient le jour en Europe et aux États-Unis depuis la seconde moitié du XIXe siècle se structurent et réclament des droits plus importants pour les femmes. Avec l’effort de guerre consenti par les deux sexes durant quatre longues années, les revendications se font plus intenses. Durant cette période, les femmes ont dû remplir de nombreuses besognes en l’absence des pères, des fils, des maris partis au front. Bien plus, elles se sont investies dans l’administration, les soins de santé, la résistance, les comités d’aide et de soutien… Or, une fois passé l’armistice de 1918, les partis politiques prennent peur : socialistes et libéraux craignent qu’en accordant le droit de vote universel aux femmes, nombre d’entre elles risquent de voir leur conscience dictée par le clergé… et se sentir contraintes de voter pour le parti catholique. La Loi du 19 mai 1919 n’accorde donc ce droit de vote que pour certaines catégories de femmes : veuves ou mères de soldats ou de civils morts pour la patrie, femmes qui ont dû subir l’emprisonnement pour des « motifs d’ordre patriotique ». Maigre consolation, mais le mouvement était en marche : en 1920, les femmes – sans distinctions – se voient accorder le droit de vote pour les scrutins communaux. Il faudra cependant attendre l’issue du Second conflit mondial pour voir aboutir, enfin en 1948, le droit de vote universel pour toutes les femmes belges dès 21 ans.

  

10 mai 1917

Archives Warocqué, n° 17/1, Factures 1917

Lettre d’Édouard Albrecht à Jules Merlot (Carnières, 10 mai 1917)

Par ce bref courrier, Édouard Albrecht, receveur du Bureau de Bienfaisance de Carnières, accuse bonne réception d’un envoi adressé au nom de Raoul Warocqué par son régisseur Jules Merlot. La générosité bien connue depuis de longues années de Raoul Warocqué envers les habitants de sa région et son rôle de premier plan dans la gestion de l’aide envers la population pendant la Première Guerre mondiale ne sont plus à démontrer. C’est dans cet esprit que des versements sont effectués régulièrement – aussi bien envers des particuliers dans le besoin que pour des organismes chargés de leur venir en aide – à son initiative. Trente francs sont donc transmis par mandat postal, au terme du 1er mai, pour le mois d’avril 1917. Ce courrier porte le cachet du Bureau de Carnières, ainsi que celui apposé par Jules Merlot (Payé AVR. 17) lorsque ces remerciements envers « Monsieur Raoul Warocqué, généreux et grand bienfaiteur de nos pauvres » parviennent à Mariemont.

Cette libéralité s’adressera aussi, un peu plus tard, vis-à-vis des proches collaborateurs du « seigneur » de Mariemont. Ainsi, bien qu’entré au service de Raoul Warocqué dans les dernières années de sa vie, le régisseur Jules Merlot se verra gratifier par testament de son patron d’un montant de 25.000 francs ! Lorsque l’État belge prendra possession du Domaine de Mariemont en 1920, Jules Merlot sera intégré dans le personnel et servira, régulièrement, de guide à travers le parc et les anciennes collections de son bienfaiteur.

16 mai 1917

Fonds Léon Losseau, inv. 0965

Affiche relative à la contribution pénale infligée à la Ville de Mons

Cette affiche, promulguée par les autorités montoises par la voie du secrétaire communal Gaston Talaupe et du bourgmestre Jean Lescarts, avertit les habitants de la condamnation dont la Ville vient d’être frappée. Depuis de début de l’année 1917, la présence militaire allemande s’est fortement accrue : la région montoise entre dans la zone d’inspection d’étapes sous un contrôle militaire direct – celui de la Ière Armée jusqu’au 19 avril, puis sous la coupe de la VIème Armée –, tandis que la Ville est placée sous l’autorité de la Kommandantur d’étape. En outre, le prince-héritier Rupprecht de Bavière y établit son état-major. Mons devient donc, par la force des choses, un « État policier » rigoureux, un lieu privilégié de rassemblement et de logement d’officiers allemands et une cible militaire de premier choix pour les forces alliées. Rien d‘étonnant donc pour qu’un bombardement aérien se produise le 8 avril 1917. Aux yeux de l’occupant, il est clair que des Montois ont renseigné les Alliés. Le ton se durcit : le couvre-feu déjà en vigueur est renforcé, des déportations de jeunes gens vers l’Allemagne et vers le nord de la France, à proximité du front, sont prononcées ; la foule présente pour ce douloureux départ manifestera ostensiblement son mécontentement et son hostilité vis-à-vis du Kaiser.

Au début du mois de mai, la Ville de Mons se voit imposer une lourde contribution pénale de 625.000 francs, « sous la responsabilité solidaire des habitants ». S’il s’agit clairement d’une exaction, l’on ne pourra y voir de condamnation puisque, selon la Convention de La Haye (1907), « des réquisitions et des services peuvent être réclamés aux communes et aux habitants mais uniquement pour les besoins de l’armée ». Insidieusement, pression militaire et mesure de rétorsion se combinent ici. Lors de sa séance du 15 mai, le Conseil communal est contraint de procéder à un appel au public pour rassembler les fonds exigés. Au vrai, le délai fixé au 19 mai – soit à peine quatre jours après la séance du Conseil – est ridicule. Comme le document le stipule, toute souscription doit être de minimum 100 francs, contre un reçu provisoire. Selon le principe adopté, les reçus pourront être échangés contre un titre au porteur ou un titre nominatif. Le remboursement sera opéré « au plus tard » dans les six mois qui suivront la conclusion de la paix. L’on ne sait quel succès cette démarche rencontrera, mais ces mesures draconiennes ne feront que renforcer le sentiment de résistance à travers une population de plus en plus ulcérée.

30 mai 1917

Archives Émile Courtin, « Guerre 1914-1918 – Services de guerre » (Morlanwelz, 30 mai 1917)

Demande d’un permis de circulation en faveur d’Émile Courtin adressée au commandant de place d’Anderlues

Géomètre de formation, Émile Courtin (1865-1954) a longtemps rempli les fonctions de secrétaire communal de Chapelle-lez-Herlaimont (1892-1911) avant d’occuper la même place dans l’administration de Morlanwelz (1911-1929). C’est sans aucun doute l’excellente relation qu’il établit avec Raoul Warocqué au fil des ans qui explique ce « transfert ». En effet, Courtin est sergent (1901) puis capitaine-commandant de la 1ère Compagnie du Bataillon de la Garde civique de Morlanwelz – fondée lors des grandes grèves ouvrières de 1886 –, tandis que Raoul Warocqué en est le major. Au demeurant, Émile Courtin est aussi une « fine gâchette » : délégué provincial à l’Union des Sociétés de Tir de Belgique (1912), c’est un excellent tireur, vainqueur de plusieurs concours en Belgique comme dans le nord  de la France. 

Devant l’avancée des troupes allemandes en 1914, le bourgmestre Warocqué ordonne à son secrétaire communal de détruire plusieurs papiers qui risqueraient d’être compromettant pour la sécurité de la population, notamment les archives de la Garde civique. L’hôtel de ville a déjà été visité par la soldatesque qui s’est emparée de la caisse communale et a bouleversé les papiers. Qui plus est, Raoul Warocqué est retenu en otage pendant deux jours. Le 23 août 1914, Émile Courtin brûle tous les documents délicats qui pourraient servir à l’ennemi. Pourtant, sans raison apparente, il est démis de ses fonctions par Raoul Warocqué, désormais libéré, dès le 31 août. Comment expliquer un tel désaveu ? En réalité, la « disgrâce » d’Émile Courtin est le fait d’un collègue jaloux bénéficiant de la confusion du moment pour accabler Courtin de torts qu’il n’a cependant pas commis. Désarçonné mais pas abattu, Courtin se lance dans la justification de chacun de ses actes et adresse des réclamations officielles. De nombreux soutiens lui sont d’ailleurs apportés, confirmant la véracité de la version qu’il livre. Comprenant tardivement qu’il a été berné, Raoul Warocqué est pris de remords et propose au Conseil communal la réintégration de l’ancien secrétaire dans ses fonctions ; les membres se prononcent pour à l’unanimité. L’affront est lavé publiquement avec le retour d’Émile Courtin à son poste le 3 octobre 1915, en présence du bourgmestre et de tout le personnel communal.

Courtin continuera de remplir ses devoirs pendant toute la durée de la guerre, secondant autant que possible son mayeur de plus en plus affaibli par la maladie (voir notice du 12 avril 1916). Dans les premières semaines de 1917, son état de santé semble désespéré et il s’est établit définitivement à Bruxelles pour bénéficier continuellement des meilleurs soins possibles. Lorsque survient la nouvelle du décès de Raoul Warocqué (28 mai 1917), seuls quelques amis proches et les conseillers les plus écoutés sont conviés aux funérailles qui se déroulent dans l’intimité au cimetière de Laeken (voir notice du 9 juin 1917). C’est donc pour lui rendre un dernier hommage qu’Émile Courtin sollicite, des autorités allemandes, un permis de circulation jusque Bruxelles du 30 mai au 1er juin.

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