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Décembre 1916

5 décembre 1916

MRM, R 674 / inv. 20.756A

Note autographe de Raoul Warocqué relative à ses acquisitions de livres auprès de Jules Vandenpeereboom

Catholique conservateur, Jules Vandenpeereboom (1843-1917) a mené l’ensemble de sa carrière au service de l’État : membre de la Chambre des représentants à partir de 1878, il devient ministre des Chemins de fer, Postes et Télégraphes, puis assure l’intérim du Ministère de la Guerre entre 1896 et 1899. Appelé par Léopold II en janvier 1899 comme Chef de Cabinet – préfiguration de la fonction de Premier Ministre –, il doit cependant rapidement donner sa démission en raison de ses positions conservatrices qui déchainent l’opposition. Honneur en demi-teinte, il reçoit le titre de ministre d’État l’année suivante, mais préfère se retirer des affaires politiques. Néanmoins, dès 1904 et jusqu’à sa mort, il siège au Conseil de Flandre-Occidentale et occupe diverses commissions sénatoriales. Vandenpeereboom est également actif durant de la guerre, assurant la présidence du Comité de Secours et d’Alimentation d’Anderlecht et en faisant preuve d’une importante générosité vers les plus nécessiteux. Il contribue financièrement pour ces œuvres et se résout, bon gré mal gré, à vendre à cet effet plusieurs de ses antiquités et ouvrages anciens conservés dans sa demeure privée, la « Maison flamande » sise place de la Vaillance.

Connaissant la grande bibliophilie de Raoul Warocqué, il prend contact avec lui à la fin de l’année 1916 ; le rendez-vous se déroule au domicile de Vandenpeereboom le dimanche 5 décembre. Pendant deux heures, une sélection minutieuse est opérée et le montant de chaque pièce est négocié pour atteindre un total de 20.000 francs, soit une somme conséquente pour l’époque. Si l’on peut légitimement s’étonner de cette dépense, il faut cependant noter que le bénéfice obtenu par le vendeur est destiné à être réinvesti dans l’aide à la population en besoin. Au final, sept incunables, un imprimé du 18e siècle, ainsi qu’une miniature peinte intègrent la bibliothèque de Mariemont.

Dans cette petite note de sa main, Raoul Warocqué se fait l’écho de cette visite à Anderlecht qui se solda par un échange de vues – très différentes, pour ne pas dire divergentes – entre les deux hommes. Vandenpeereboom témoigne en effet de la lecture quotidienne qu’il fait d’un texte mystique de premier plan de la fin du Moyen Âge, l’Imitation de Jésus Christ de Thomas a Kempis, membre des Frères de la Vie commune. Si Vandenpeereboom confie « qu’il [y] puisait de la force », le libéral et franc-maçon qu’était Warocqué estime que la force ne peut se trouver qu’en soi. Parti sans doute un peu « refroidi » de cette dernière discussion, Raoul Warocqué a la surprise de trouver dès le lendemain dans son hôtel bruxellois un exemplaire de l’ouvrage en question, accompagné de quelques vers du « tenace moine laïc » : « Ce petit livre vient d’un poirier / Qui donne parfois quelques fruits / Pour toi et pour tes amis / Auxquels il reste toujours unis ». Un dernier clin d’œil amusé et provocateur du « poirier » (en néerlandais peereboom) en somme…

Transcription :

11/12/1916

Le 5 déc[embre] 1916, j’achetais à M. Jules vanden Peereboom [sic] quelques incunables, dont son beau Justinien de 1468 et une miniature sur vélin. Cela dura deux heures. Avant de se séparer [barré : nous quitter], il éprouva le désir de me parler de la lecture quotidienne qu’il faisait de l’Imitation de J.C. Je trouvai que sa théorie, disant qu’il puisait de la force dans cette lecture, était exagérée ; que d’après moi la force se puisait en soi et non en une lecture répétée.

Le lendemain, je reçus de lui ce mot avec cet exemplaire de l’Imitation. Je dépose les deux dans ma bibliothèque comme souvenir de ce tenace moine laïc.

<Signé :> R. Warocqué

12 décembre 1916

Fonds Aimable Bayet, Correspondance (Tabora, 12 décembre 1916)

Lettre d’Aimable Bayet adressée à son épouse Denise Bayet-Nicaise

En temps de guerre, les communications sont vitales pour transmettre les ordres militaires aux troupes et s’informer des positions ennemies. Invention encore récente, le développement de la télégraphie sans fil (TSF) s’accélère avec le lancement des hostilités de la Première Guerre mondiale. Son grand avantage est, précisément, de pouvoir assurer la communication sans l’emploi d’un câblage électrique difficile et onéreux à mettre en place. En outre, à l’inverse des lignes enterrées qui peuvent être aisément détruites par les combats et l’artillerie, la TSF permet de communiquer à tout moment. Les messages arrivent dès lors directement, sans devoir transiter par d’autres personnes susceptibles de déformer ou fausser l’information initialement émise. Dans ce courrier adressé à son épouse, Aimable Bayet s’en fait l’écho : « Pourtant, chérie, je t’avouerais que la TSF ne me plaît guère, car tenir ce casque serré des heures aux oreilles est un supplice. J’aime mieux le travail à l’appareil avec fil, mais dans ces pays la TSF rend d’énormes services car la pose d’une ligne est un travail long et coûteux, tandis que nos postes, 2 mâts en fer de 26 m de haut, un moteur, un alternateur, une boîte transmission, une boîte réception, etc., tout le matériel et accessoires nécessaires avec le campement ne nécessite [sic] que 100 porteurs indigènes environ et est d’un déplacement rapide ». 

Outre l’envoi et la réception de messages, la TSF permet également – et c’est un avantage stratégique de la plus haute importance – d’intercepter d’éventuelles communications ennemies et, au besoin, de pouvoir adapter rapidement sa tactique militaire. C’est précisément le rôle que pourra jouer Aimable Bayet en vue de l’offensive lancée par les troupes coloniales belges à Tabora (voir notice du 27 décembre 1916). Devenu chef de poste le 28 septembre, il dirige une petite équipe de trois opérateurs qui doivent se relayer à l’écoute. Dans sa missive, il ajoute que, suite à la chute de Tabora, « la campagne de l’Est africain allemand [est] terminée, les Belges en ont conquis plus du tiers. Si cette nouvelle est exact [sic], pour le printemps prochain je serais de retour au front belge. (…) La guerre sera sûrement finie en 1917 !!! ». C’était aller un peu vite en besogne… 

27 décembre 1916

Fonds Aimable Bayet, Correspondance (Tabora, 27 décembre 1916)

Lettre d’Aimable Bayet adressée à son épouse Denise Bayet-Nicaise

Ne disposant pas d’une armée régulière, structurée et organisée, au Congo belge, la Belgique peut néanmoins compter sur la Force publique congolaise, en plus des soldats arrivés en renfort. Après avoir défendu ses possessions coloniales en Afrique dans un premier temps, les gouvernements belge et britannique s’entendent pour lancer, au printemps 1916, une offensive en direction de la dernière vaste colonie allemande, l’Est africain allemand (également connu sous le nom d’Afrique orientale allemande). Le quartier-général belge est dirigé par le général Charles Tombeur (1867-1947), tandis que la 1ère Brigade – Nord (où se trouve Aimable Bayet) est menée par le colonel Molitor et la 2e Brigade – Sud est sous le commandement du lieutenant-colonel Olsen. La « marche vers l’est » doit viser à éloigner le danger d’une percée ennemie sur le Congo et répond à un triple objectif pour la Belgique : s’assurer du monopole du lac Tanganyika, repousser l’ennemi vers l’océan Indien, occuper une partie de sa colonie. Les opérations successives se révèlent efficaces durant l’été et, vers la mi-septembre, c’est la ville de Tabora (act. Tanzanie), capitale administrative et militaire de l’Est africain allemand, qui est menacée.

L’interception de messages par le sous-officier TSF Aimable Bayet (voir notice du 12 décembre 1916) semble avoir permis de connaître l’état des contingents allemands et de coordonner la jonction des deux Brigades belges pour prendre la ville en tenaille. Dans cette lettre de la fin du mois de décembre, Aimable Bayet revient sur cet épisode : « Ainsi, en septembre, installé avec mon poste à Buwalo ‘route de Mwanza à Tabora’, un soir que je travaillais seul, mon collègue étant parti malade à Pambani, j’allais entrer au poste à 9 heures du soir pour intercepter les Boches. (…) Comble de bonheur, c’est ce soir-là que j’interceptais le poste ennemi de Tabora donnant situation de la 2e Brigade belge venant du sud et marchant sur eux, ce qui permit à notre corps de régler sa marche ». Sentant le piège se refermer sur elles, les troupes allemandes évacuent Tabora dans la nuit du 18 au 19 septembre et battent en retraite vers Mahenge. Si la Belgique pourra finalement conserver le Ruanda et l’Urundi sous forme de mandat de la Société des Nations, elle sera cependant contrainte de restituer, à terme, ses conquêtes dans l’ancien Est africain allemand auprès de l’état-major britannique. La nouvelle de la victoire de Tabora parvient au gouvernement belge en exil au Havre le 27 septembre seulement et, dès le lendemain, le roi Albert Ier adresse ses félicitations à Tombeur et à ses hommes. Pour Aimable Bayet, cela signifie une proposition de se voir décerner le grade de premier sous-officier – qu’il recevra finalement le 1er juillet 1917 – et d’une majoration de sa paie, ainsi qu’une citation à l’ordre du jour de la section TSF « pour l’endurance, l’activité dans le service pendant la marche sur Tabora ».

Malgré ces témoignages de reconnaissance, Aimable Bayet n’a qu’une idée en tête : pouvoir rapidement rejoindre l’Europe et sa famille, en espérant que la guerre sera bientôt terminée. Témoignage émouvant, ses pensées se tournent naturellement vers son épouse et, surtout dans cette lettre, vers son fils René âgé de deux ans : « Je l’espère follement, ardemment. Je ne l’aurais pas vu pousser le petit homme, mais, par la pensée, je le vois grandir, je l’entends gazouiller. Ils sont si mignons à cet âge. Je le vois couché dans son petit lit auprès de sa maman qui veille sur lui et qui l’embrasse pour son papa qui est à la guerre. Brave petit homme va ! Si je pouvais ne fusse qu’une minute, qu’une seconde même revenir auprès de vous deux, comme je serai heureux ».

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