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Novembre 1916

9 novembre 1916

MRM, Fonds Léon Losseau, 2784

Copie des protestations adressées par un groupe de parlementaires (9 novembre) et par la Magistrature belge (11 novembre) au gouverneur Moritz von Bissing à propos de la réquisition des travailleurs civils

Ces deux copies dactylographiées contemporaines font référence au travail forcé dans les zones d’étapes et la déportation de civils sous l’occupation allemande. Divers sénateurs et députés signent cette protestation pour que le gouverneur militaire de Belgique, le baron Moritz Von Bissing, plaide leur cause auprès du gouvernement impérial. Aux yeux de ces personnalités, ces réquisitions se font « au mépris du droit naturel, du droit positif et du droit des gens, arrachés à leur foyer, à leur famille et employés en Allemagne ou ailleurs, à des travaux qui servent, indirectement tout au moins, aux opérations militaires contre leur patrie ».

En effet, les autorités allemandes ont réalisé les déportations de chômeurs belges d’octobre 1916 à mars 1917 en territoire occupé. Les travaux forcés dans les zones d’étape, en revanche, sont effectués d’octobre 1916 jusqu’à la fin de la guerre. Ce basculement du régime vers une exploitation à outrance débute lorsque l’industrie belge n’est plus en mesure d’offrir de l’emploi, ce qui provoque un chômage important entre 1915 et 1918. La population mâle active du Reich étant monopolisée sur le front, la main d’œuvre dans les secteurs industriels et agricoles fait défaut, aussi convient-il de trouver des « volontaires ». Diverses tentatives pour inciter des chômeurs belges à venir travailler en Allemagne avaient été vaines ; l’on n’envisageait guère de pouvoir travailler pour le compte de l’autorité occupante, comme l’indiquent les auteurs du document : « En prenant la place d’un ouvrier allemand, l’ouvrier belge permet à l’Allemagne d’augmenter la force numérique de ses armées ». Des sommations ont donc vu le jour, portant sur tout homme valide dès l’âge de 17 (voire 16) ans.

Les civils déportés (par exemple au camp de Soltau) et mis au travail ont un statut de prisonniers ; ils côtoient également des prisonniers russes et leurs conditions, tant au niveau de l’hygiène que de la sécurité, sont épouvantables. Au total, 62.000 hommes provenant de zones d’étapes subissent les travaux forcés, et ce au mépris des conventions internationales concernant le droit de la guerre, notamment au sujet du déplacement de la population civile non-combattante et bien que « les travaux forcés sont des peines réservées aux grands crimes ».

Pour appuyer le caractère inacceptable de cette réquisition des travailleurs civils, les auteurs de ces protestations rappellent tout ce que la population a enduré sans mener de révolte contre l’occupant : les libertés abolies, les industries et commerces anéantis, les matières premières exportées, la fortune publique ruinée, les privations, les anxiétés, le deuil. À ces protestations, celles émises avec force par le cardinal Mercier et le marquis de Villalobar, ministre plénipotentiaire espagnol en Belgique tâcheront de mettre un terme à ces déportations.

30 novembre 1916

Fonds Aimable Bayet, Correspondance (Tabora, 30 novembre 1916)

Lettre d’Aimable Bayet adressée à son épouse Denise Bayet-Nicaise

La correspondance privée est bien souvent le seul moyen qui permet aux soldats de garder un faible contact avec leur famille. Pourtant, une censure militaire va très vite se mettre en place afin de contrôler autant que possible le flux d’informations postales. Ce n’est pas une pratique réservée aux autorités occupantes allemandes, car l’armée belge filtre aussi rapidement les courriers. L’objectif est d’empêcher la transmission de renseignements sensibles : positions des soldats, mouvements de troupes, indications stratégiques, opinions négatives et critiques sur l’état-major, idées hostiles à l’unité de la nation… Cette censure s’opère également dans les courriers « entrants » destinés aux hommes sur le front, afin de ne pas inciter leurs opinions et infléchir leur moral.

Aimable Bayet, chef TSF de la Brigade Nord dans l’Armée coloniale belge est scandalisé par l’ouverture de ses missives adressées à son épouse. S’il peut tolérer cette pratique réalisée par un inconnu, il en va tout autrement lorsque le censeur est son propre officier, le sous-lieutenant Berger, d’autant que celui-ci provient de La Louvière, à quelques kilomètres de Morlanwelz où vit Aimable Bayet avec sa famille : « Vois-tu quand je prends la plume pour t’écrire et que je pense que ma lettre toute remplie de mon grand amour va être épluchée, souillée par les yeux indiscrets de la censure, mon bras retombe et tristement je dépose la plume. Je ne puis me résigner à ce viol si manifeste de la pensée ». Il est vrai que les marques d’amour et d’affection spontanées qui abondent dans les lettres de ce soldat sont forcément intimes et ne concernent, en principe, que l’auteur et son destinataire. Aussi, Aimable Bayet prend-t-il la décision de conserver les lettres qu’il écrira et de ne plus les expédier, soit parce qu’il envisage de les remettre en main propre à son épouse une fois rentré au logis, soit qu’on les lui fera parvenir au cas où le soldat viendrait à trouver la mort.

L’autre élément intéressant dans cette missive est la place prépondérante qu’Aimable Bayet met à ne pas démériter de sa patrie. Il énumère ses services et, ce faisant, son parcours durant le conflit (voir notice du 7 juillet 1916) : engagé le 9 octobre 1915, passé agent TSF en décembre, parti au front en janvier 1916, nommé sergent le 15 mars suivant avant son départ pour le Congo un mois plus tard en tant que sous-officier, nommé chef de poste TSF le 15 août 1916. Il annonce également sa prochaine promotion comme premier sous-officier – ce qui lui permettra de gagner annuellement 500 francs supplémentaires sur sa paie. Cette promotion n’est pas fortuite, car elle fait suite au rôle de l’opérateur lors de l’offensive victorieuse de la Force publique congolaise menée par le général Charles Tombeur à Tabora, et sur laquelle nous reviendrons prochainement (voir notice du 27 décembre 1916).

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