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Avril 1916

12 avril 1916

Archives Warocqué, n° 29/19, Raoul Warocqué – Papiers personnels

Demande de Raoul Warocqué afin d‘obtenir du gouverneur von Bissing un passeport pour Vichy

Alors que le conflit s’éternise, Raoul Warocqué apprend qu’il est atteint d’un mal très sérieux qui pourrait lui être fatal : un cancer du foie. Il s’adresse à un spécialiste réputé, le Professeur Jean Demoor (1867-1941), professeur de physiologie et ancien doyen de la Faculté de Médecine de l’Université de Bruxelles. Celui-ci lui fait suivre un traitement au radium et préconise une cure à Vichy, station thermale huppée et très courue depuis le XIXe siècle. Raoul Warocqué, comme auparavant sa mère, est un habitué des lieux, mais le contexte de guerre change la donne. Vichy étant situé en dehors de la zone d’occupation, il est indispensable de pouvoir obtenir un passeport auprès des autorités allemandes qui contrôlent étroitement tout déplacement.

Le bourgmestre de Morlanwelz s’adresse donc directement auprès du gouverneur militaire de la Belgique Moritz von Bissing, en date du 12 avril 1916. Une copie de ce document a d’ailleurs été conservée dans les archives mariemontoises. Raoul Warocqué sollicite donc « l’obtention d’un passeport pour me permettre de gagner la Suisse, d’où je pourrai passer à Vichy », pour lui et son domestique Joseph Derochette, et évalue son absence du territoire belge à deux mois (prenant cours le 15 mai suivant). Il indique la gravité de son mal « qui n’est pas discutable », en joignant à son courrier le certificat délivré par le Professeur Demoor. Afin de se voir accorder ce laisser-passer, il ajoute : « J’aime à croire que, vu la gravité de mon cas, vos sentiments d’humanité n’hésiteront pas à me donner la satisfaction que je sollicite et que vous me permettrez de remettre ma santé par le seul moyen qui reste à ma disposition ». Enfin, il s’engage solennellement à n’emporter avec lui aucun document compromettant en lien avec la guerre, voulant ainsi démontrer qu’il n’envisage de commettre aucun acte malveillant contre l’Allemagne.

Si Raoul Warocqué obtiendra effectivement l’autorisation de pouvoir séjourner dans la ville d’eaux, moyennant une caution de 50.000 francs, son état de santé est cependant déjà trop dégradé pour qu’une quelconque amélioration durable soit décelée. Le maître de Mariemont sait dès lors qu’il est malheureusement condamné et s’éteindra un an plus tard.

19 avril 1916

Fonds Aimable Bayet, Correspondance – lettre rédigée en mer, à bord du Norman (19 avril 1916)

Lettre d’Aimable Bayet à son épouse Denise Bayet-Nicaise

Marié et père de famille depuis novembre 1914, Aimable Bayet (1886-1969) décide, « appelé par la Patrie » et refusant d’être un « embusqué », de quitter son domicile de Morlanwelz et de rejoindre les troupes belges sur le front. Il quitte son foyer le 15 août 1915 et parvient à atteindre la frontière hollandaise cinq jours plus tard ; il est alors aidé par des passeurs et des contrebandiers pour traverser le canal sur un radeau de fortune composé de trois cuvelles. Il rallie ensuite Londres dans le but de s’engager aux chemins de fer du Katanga ; il est cependant envoyé comme volontaire dans l’armée belge le 9 octobre suivant. Suivant son instruction au camp de l’artillerie montée d’Eu (Seine-Maritime), il passe à la compagnie des télégraphistes du Génie à Calais. En janvier 1916, Aimable Bayet rejoint le front de l’Yser, près de Dixmude, où il occupe le poste d’opérateur TSF de tranchées. Il n’y demeure cependant pas longtemps car, désireux de rejoindre le Congo – il y avait notamment été percepteur des PTT de 1907 à 1910 –, il repart pour Londres pour embarquer à bord du Norman pour rejoindre l’Afrique.

Ce faisant, Aimable Bayet se présente comme volontaire opérateur de télégraphie sans fil (sous-officier TSF) pour toute la durée de la guerre. Cette démarche permet à Aimable Bayet d’assurer les moyens de subsistance de sa belle-mère, de son épouse et de leur fils René. Cette lettre, écrite en mer, permet de rassurer la famille restée en zone occupée, le navire ayant dépassé sans entraves le « cap dangereux – zone d’opérations des sous-marins ». À travers cet envoi, c’est une véritable déclaration d’amour et d’affection que l’auteur livre aux siens : « Plus je m’éloigne de toi et plus mon amour grandit ». Diverses photographies également remises au Musée royal de Mariemont témoignent de la traversée et des occupations en mer. Arrivé finalement au port de Durban (Afrique du Sud) au début du mois de mai, Aimable Bayet poursuivra sa route pour atteindre le port kenyan de Mombasa.

23 avril 1916

Le Messager de Bruxelles, dimanche 23 avril 1916 (32e année, n° 113), p. [3].

Conte de Pâques : La Résurrection d’Uylenspiegel

Créé vers 1885, Le Messager de Bruxelles, sous-titré Journal quotidien, économique & financier est le seul organe de presse bruxellois d’avant-guerre qui poursuit sa parution durant toute la durée du conflit. Ce titre fait l’objet d’une censure allemande, assez lâche il faut dire, car ne relevant guère les nombreux sous-entendus que l’on peut déceler au fil des pages (voir notice du 12 décembre 1914). L’on y trouve divers articles relatifs aux événements du front et aux nouvelles internationales, mais aussi les faits divers de la Capitale, les actualités régionales et sportives, une chronique sur la mode vestimentaire et, bien entendu, de nombreux avis et des encarts publicitaires. En ce jour de célébration de la fête de Pâques – objet de la une du journal du 23 avril 1916 –, les éditeurs choisissent de publier un conte illustré, dû à la plume de Maurice Saey, auteur et humoriste, éditeur du quotidien Le Progrès (libéral) que les autorités allemandes vont d’ailleurs prochainement interdire (voir notice du 25 mars 1915).

 

Le texte est une allusion directe au roman de Charles De Coster, La Légende d’Uylenspiegel, dont la trame se déroule dans les Pays-Bas espagnols sur fond de guerre religieuse contre le protestantisme. À travers ce récit, c’est l’idée de la défense de la « Patrie » contre un ennemi intransigeant et étranger qui est prônée, l’âme du peuple qui souffre cherchant à reconquérir sa liberté. Le parallèle est évident avec la situation vécue par la population belge au printemps 1916. Sorti de son tombeau dans le petit cimetière d’Yperdamme (contraction des localités que sont Ypres et Damme), Uylenspiegel erre dans un paysage de ruines, dépeuplé de ses hommes partis au front ou en exil. Hébété par le bruit des canons qu’il confond avec l’orage, les avions de combat sont, dans son esprit, des éperviers géants, tandis que les tranchées sont probablement des canaux qui parcourent la terre. Thyl ne reconnaît guère son environnement familier et vient s’asseoir au bord du lac d’Amour en compagnie d’un chien noir décharné qu’il baptise naturellement Lamme. Le héros est tiré de sa mélancolie par un soldat « qui n’avait pas sur la tête de bourguignotte ni sur l’estomac de pourpoint de cuir » et qui lui réclame ses papiers ; n’en ayant pas, Thyl est chassé sous peine de se voir dresser un procès-verbal, ce que ne comprend pas le malheureux. Ce dernier, désabusé et « se réservant de comprendre plus tard la méchanceté des hommes et des choses », préfère s’en retourner dans sa tombe pour oublier ce qu’il avait vu.

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