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Avril 1915

28 avril 1915

Fonds des autographes, aut. 4785.

 

Lettre d'Adolphe Max à Raoul Warocqué

Incarcéré depuis plusieurs mois à la forteresse de Glatz (Silésie), le bourgmestre de Bruxelles Adolphe Max (1869-1939) continue d'entretenir avec son ami Raoul Warocqué une intéressante correspondance, et ce malgré le contrôle minutieux de la censure allemande. Le mayeur s'inquiète de la santé de son ami, un sujet qui reviendra régulièrement dans la suite de leurs échanges épistolaires, et l'incite à rester en bonne forme pour le jour où nous pourrons entamer la reconstruction de la Belgique et travailler à faire renaître la vie et la prospérité dans notre Patrie redevenue libre et indépendante. Adolphe Max garde foi en une victoire alliée et songe déjà aux lendemains de la guerre en des termes que seul son destinataire pouvait comprendre:

À ce propos, je ne sais si on t'a dit déjà, que lorsque viendra pour notre activité industrielle l'heure attendue de la reprise des affaires, d'importantes mutations seront faites dans le conseil d'administration des Hauts Fourneaux dont la gestion malheureuse nous a fait perdre tant d'argent. Cinq administrateurs actuels seront remplacés par trois représentants de notre groupe d'actionnaires, Paul, Fulgence et Paul-Émile, et par deux représentants d'un autre groupe avec lequel nous avons été souvent d'accord aux assemblées générales. On m'a donné les noms également de ces deux derniers et je te les communiquerai si tu ne les connais déjà.

Sous des dehors d'échanges entre hommes d'affaires, le message est ici clairement de nature politique. Le "conseil d'administration des Hauts Fourneaux" désigne en réalité le gouvernement belge, dirigé alors par Charles de Broqueville et composé de dix ministres, tous catholiques. C'est le haut-lieu des décisions relatives à la politique belge, le Sénat et la Chambre des représentants n'étant plus réunis avant la fin du conflit. Le résultat des élections législatives du 24 mai 1914 et le souhait de témoigner d'une "union sacrée" des Belges face à l'envahisseur engendrent des concessions aux familles libérale et socialiste.Dans sa lettre, Adolphe Max fait état de l'entrée prochaine de trois députés libéraux : Paul (Hymans), Fulgence (Masson) et Paul-Émile (Janson). Les deux autres "représentants", dont l'auteur ne cite pas le nom, sont les socialistes Émile Vandervelde et Joseph Wauters. Au final, ce seront cependant Vandervelde, Hymans et Eugène Goblet d'Alviella (également libéral) qui enteront, sans portefeuille, dans le gouvernement le 27 janvier 1916. Cette arrivée de l'opposition signifie également la fin de la majorité absolue du parti catholique dans l'exercice du pouvoir législatif. 


22 avril 1915

Archives Varia, inv. 018/2. Carnet de Gustave Groleau pour l'année 1915.

 

Extrait du carnet de soldat de Gustave Groleau relatif aux armes chimiques

La Première Guerre mondiale sert de laboratoire expérimental pour le développement des armes chimiques, une technologie dont les protagonistes attendaient beaucoup pour modifier le cours des opérations, car après une première phase de violentes offensives (été-automne 1914), les belligérants se font face sur des positions désormais immobiles. Si les premières tentatives de gaz de combat sont relativement bénignes (gaz lacrymogène), les Allemands sont les premiers à utiliser un autre agent, bien plus redoutable. Le chlore, en effet, peut causer de sérieuses lésions aux muqueuses (yeux, nez, gorge et poumons), voire causer la mort par asphyxie lorsqu'il est fortement concentré. Lorsqu'éclate la Deuxième Bataille d'Ypres, le 22 avril 1915, les troupes allemandes disposent de 5730 cylindres de chlore, soit 168 tonnes, qu'elles bombardent sur les positions françaises à Steenstraat (au nord de la ville). À la vue de ce nuage vert-gris qui avance, celles-ci, dépourvues de toute protection efficace, se débandent; les Allemands, manquant de renforts, n'exploiteront pas cette percée de 8 km qui a été ouverte. Le terrain est cependant rapidement repris par les Grenadiers belges de la 6e Division armée. Gustave Groleau (1894-1971), sergent dans cette division, témoigne de la violence des combats. 

Transcription:

J'ai choisi un emplacement où je prends les Allemands de dos. Je leur envoie pas mal de balles mais je ne sais pas si elles font leur besogne. Je fais aussi travailler quelques hommes à l'amélioration d'abris. Les Boches travaillent également car, à la lueur des fusées, on les voit dans leurs tranchées; ils sont canardés à fond. [...] Je me repose car la nuit il pourrait y avoir un grand changement. Des renforts de zouaves arrivent ensuite en plein jour et à travers les champs. Ils sont reçus à coups d'obus et de shrapnells. Il y a des tués et des blessés. Cela n'a pas l'air de bien tourner. Voilà 18h, le temps s'assombrit en même temps que commence un bombardement formidable. Les Allemands jettent du liquide asphyxiant et du soufre. Beaucoup de Français sont asphyxiés. Ils doivent reculer et laissent une compagnie et demi prisonnière. [...] Nous, nous devions partir à l'aide des Français sur la droite... Dans les boyaux de communication, tous des soldats tués ou blessés... Des cris et la canonnade terrible. On devient sourd et la mitrailleuse qui fauche. On ne se croit pas survivre à une scène d'enfer. Partout aussi la fusillade. On arrive enfin et nous occupons un malheureux boyau de communication. [...] Les Allemands s'amènent par quatre pour nous attaquer. Nous sommes là une trentaine et quelques Français sans munitions. On leur lance la lumière du réflecteur pour les aveugler et alors on fusille les Boches. Il en tombe pas mal, la mitrailleuse nous aidant d'ailleurs. quel massacre! Chose bien terrible que la guerre! Nous sommes là dans un cercle de feu, les obus éclatent autour de nous, les balles sifflent et partout aussi le rougeoiement de l'incendie. Les hommes tombent morts ou blessés. Quel carnage!

 


19 avril 1915

Archives Warocqué, n° 40/2, Lettre "G", 1915

 

Lettres de remerciement adressées à Raoul Warocqué à propos de la Soupe scolaire

Ces deux lettres de remerciement adressées à Raoul Warocqué ont été rédigées le 19 avril 1915 sur une feuille pliée en deux formant un cahier de quatre pages. La première [p. 1] est signée par une fillette et un garçon, âgés respectivement de 12 et 13 ans, "au nom des enfants de Grand-Reng" (près d'Erquelinnes). La seconde [p. 3], de la main de Sœur Mélitine Baguette "institutrice communale à Grand-Reng", souligne la gratitude des mères de "nos pauvres enfants". Les missives évoquent l'aide financière apportée par Warocqué à la commune, pour que la Soupe scolaire puisse continuer.

En ces temps de guerre, les problèmes liés à l'alimentation ont suscité de nombreuses initiatives - la Soupe populaire, le Restaurant maternel, la Goutte de lait, etc. Lors des conflits armés, la santé des tout petits et des enfants est un sujet de préoccupation essentiel: leur croissance, et par conséquent leur avenir est en jeu. Créé au début de l'occupation allemande en Belgique, le Comité National de Secours et d'Alimentation (CNSA) met en place un programme, tant au niveau national que local. La Soupe scolaire en fait partie. Ce repas est constitué d'une soupe, de pain ou d'une "couque", et d'une boisson; il est préparé et distribué par des personnes rétribuées ou bénévoles, parmi lesquelles de nombreux enseignants. Émouvants souvenirs de ces moments solidaires, des photos d'époque montrent les enfants assis dans leur classe, un bol à la main ou brandissant leur "couque".

Les Soupes scolaires sont organisées au niveau communal; la fourniture d'un repas par jour s'avère souvent impossible. L'augmentation du coût des denrées alimentaires, ainsi que des inscriptions engendre des difficultés financières récurrentes et toute aide extérieure est bienvenue. Tel est le contexte du geste de Raoul Warocqué. À la tête d'une fortune considérable, il a toujours manifesté le souci de venir en aide aux faibles et aux démunis. Ainsi, son château de Mariemont est-il devenu le centre névralgique pour la province de Hainaut des opérations de la Commission for Relief in Belgium, cet organisme étroitement lié au CNSA.

Transcription du document 1:

Grand-Reng, 19 avril 1915

Digne et vénéré Bienfaiteur,

Nos jeunes cœurs se font un devoir de venir vous exprimer leur plus profonde gratitude pour le généreux don que vous avez fait, en notre faveur, à la commune de Grand-Reng.

C'est grâce à votre libéralité, noble Bienfaiteur, que nous pouvons encore chaque jour être réconfortés à la Soupe scolaire. Sans vous, sans votre paternelle sollicitude, nous souffririons de la faim, mais votre noble cœur a entendu les échos de nos âmes en détresse et vous avez daigné faire continuer une œuvre qui cessait d'exister. Soyez béni du Ciel, noble et digne Bienfaiteur; nous prions pour vous chaque jour, afin que le Dieu Tout-Puissant vous rende déjà ici bas en joie et en bonheur ce que vous faites pour de pauvres enfants inconnus.

De nos cœurs attendris part un cri de reconnaissance que vous entendrez de Morlanwelz.

Au nom de enfants de Grand-Reng. 

Reine Delvarde, âgée de 12 ans. Charles Dumont, âgé de 13 ans.

T.S.V.P.

 

Transcription du document 2:

Monsieur,

Permettez-moi de venir aussi, au nom des mères de nos pauvres enfants, vous exprimer leur plus sincère reconnaissance.

C'est grâce à votre généreuse intervention que nous avons pu continuer l'œuvre si intéressante de la Soupe scolaire à Grand-Reng. A vous donc, Monsieur, toute notre gratitude et nos profonds hommages.

Daignez les agréer avec le sentiments de mon profond respect.

S[oeu]r Mélitine Baguette; institutrice communale à Grand-Reng. 

 


12 avril 1915

Fonds Soltau

 

Lettre de Jean-Baptiste-Adrien Liégeois à sa mère

Le Musée royal de Mariemont conserve un petit fonds d'archives constitué de correspondances, de photographies, de récits et de documents imprimés relatifs à Jean-Baptiste-Adrien Liégeois. Né à Athus (prov. Luxembourg, comm. Aubange), le 20 septembre 1886, ce sergent du 8e régiment de ligne est arrêté après la prise de Namur par les troupes allemandes, le 23 août 1914. Il n'a été libéré qu'après l'Armistice. Grâce aux dizaines de lettres qu'il échange principalement avec sa mère, alors domiciliée à Lens (près de Mons), et sa sœur Élise, c'est une partie de la vie quotidienne de ce captif militaire, que l'on appréhende. Nous assistons à son transfert d'un lieu à l'autre, nous nous imaginons la structure et la nature des installations qu'il fréquentait grâce à leur description (dortoirs, cuisines, cours), on le suit dans ses moments de détente (café, jeux de cartes, cinéma, théâtre, jardinage), d'ennui, et aussi dans les travaux qu'il a accomplis.

Après avoir séjourné de la fin août à décembre 1914 au camp de Munterläger, près de Hanovre, il rejoint Soltau, avant d'être derechef transféré dans un de ses satellites, Cassebruch-Soltau. Comptant une population beaucoup moins importante, il pense y être mieux installé. Partageant une chambre avec quatre autres personnes, il y bénéficie d'un certain confort. Pour passer le temps, il apprend le flamand, joue au whist, aide au travail des champs.

La lettre qu'il adresse à sa mère, le 12 avril 1915, exprime un certain mal-être, non pas lié aux conditions de détention qu'il juge très acceptables, mais à cette soif de liberté, du désir de revoir ses proches et sa patrie. L'espoir d'une fin prochaine du conflit s'amenuise de jour en jour et se transformera rapidement en résignation.

Transcription du document:

Kassebruch, le 12-4-15

Chère mère,

Depuis plusieurs jours, il fait un temps superbe. C'est vraiment plaisir, on en profite pour sortir. Nous espérons avec le retour des beaux jours voir hâter la fin de cette terrible guerre car, chère mère, je commence [à] en avoir assez. Ce n'est pas que je me décourage, au contraire, je fais tout mon possible pour me relever le moral, dans notre situation. Il ne faut pas se laisser abattre, ni trop penser au pays, sinon on deviendrait vite neurasthénique. On s'encourage mutuellement comme des frères. Chère mère, envoyez-moi [de] temps en temps des colis postaux contenant simplement tabac, cigarettes et cigares, ceux-ci parviennent très vite. Le nouveau commandant du camp a adressé une réclamation à Soltau pour le retard des paquets et mandats. J'espère qu'on en sentira l'effet, moi-même j'ai écrit une lettre qui a été appuyée par mon commandant concernant les miens. Nuythens est hors de danger, dans une quinzaine il sortira de l'hôpital. Dans le prochain paquet, n'oubliez pas thé, pastilles rouges, pastilles pour le rhume et poudres pour les dents, peigne. Toujours en très bonne santé en attendant les petites douceurs contenues dans les paquets. 

Votre fils.

Adrien.

 


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