Anatole France, La rôtisserie de la Reine Pédauque
Illustré de 176 compositions d'Auguste Leroux, Paris, E. Pelletan, 1911
Relié par Charles DE SAMBLANX; 1919 (signé en bas du premier contreplat)
28,7x23cm.
Inv. 790/R.22
Au XIXe siècle, alors que la mécanisation de l’imprimerie assure la production en masse de livres bon marché, les riches bibliophiles se tournent, au contraire, vers des tirages de luxe, en nombre limité, pour s’assurer l’exclusivité sur ces «beaux livres». Ces ouvrages se singularisent par la qualité de leur papier, leurs illustrations originales confiées à des artistes contemporains, leur reliure, souvent somptueuse. Les sommes qu’ils sont prêts à consacrer à cette passion encouragent le développement d’une production de livres précieux de très haute qualité. Raoul Warocqué, qui collectionne les livres depuis l’âge de seize ans, n’échappe pas à ce courant. Progressivement introduit dans les cercles de bibliophiles,il y apprend les «règles du bon goût» en matière de reliure, et y jouit de conseils éclairés au sujet d’achats de livres anciens et modernes. Il confie de nombreux travaux à deux relieurs, Charles de Samblanx (1855-1943) et Jacques Weckesser (1860-1923). Sa bibliothèque, aujourd’hui partie intégrante des collections du Musée royal de Mariemont, compte un bon millier d’ouvrages reliés par les deux artistes. D’abord associés durant une vingtaine d’années, ils se séparèrent en 1909, chacun travaillant dès lors au sein de son propre atelier.
Malgré cette rupture, Raoul Warocqué continue à passer commande aux deux relieurs, et entretient des relations suivies avec Charles De Samblanx. Celui-ci honore les commandes du maître de Mariemont même après la mort de ce dernier, ce qui explique la date de la signature de l’oeuvre présentée ici.
Le style de Charles De Samblanx correspond bien au goût de Raoul Warocqué pour un modernisme modéré. Il exécute les reliures Art nouveau comme celle qu’il a réalisée pour l’ouvrage d’Anatole France principalement vers 1910-1917, après les années les plus foisonnantes du style (la dernière décennie du XIXe siècle). Le style Art nouveau se manifeste ici par desmotifs végétaux foisonnants, des courbes et des arabesques entremêlées de fleurs épanouies ou en boutons, de feuilles et de tiges, ainsi que par certaines couleurs de maroquin comme le lilas et le violet. En revanche, la construction strictement géométrique du motif révèle une approche rigoureuse de ce style qui, quelques années auparavant, brillait par sa spontanéité.Les contre-plats sont ornés d’une large bordure d’entrelacs végétaux rehaussés de fleurs roses sur un fond pointillé d’or.






> Trésor du mois 










